
Quand on pense à Bombay – ou Mumbai, comme il faudrait plutôt dire – on imagine les klaxons, les rickshaws jaunes et noirs, les immeubles aux façades décrépies qui côtoient des tours flambant neuves, et surtout… Bollywood. La machine à rêves indienne, où l’on tourne plus de films par an qu’à Hollywood, où les histoires d’amour font danser des centaines de figurants au milieu des temples, des marchés, des palais, des trains. C’est ce décor en mouvement que j’ai pu approcher, complètement par hasard (en marge d’un autre reportage sur le bidonville de Dharavi).

Je suis arrivé à Mumbai le 31 décembre vers 23h. Dès la sortie de l’aéroport (à minuit pile, sous les feux d’artifices) on est frappé par l’humidité, les odeurs (mélange de carburant, d’épices, et d’encens), et ce tourbillon de vie qui semble ne jamais s’arrêter. J’avais réservé une auberge dans le quartier de Bandra. Un bon point de chute : c’est un coin un peu bobo, un peu branché, fréquenté par des étudiants, des artistes, des expats. Surtout, on y trouve des cafés avec du wifi potable, et des toits-terrasses d’où l’on peut observer la ville s’éveiller (ou ne jamais dormir).
Avant de venir en Inde, je n’avais pas eu l’idée de jouer dans un film de Bollywood même si j’avais entendu dire que certains touristes étaient repérés dans la rue, ou engagés directement dans des cafés touristiques. C’est en passant devant le Café Leopold, repaire célèbre depuis les années 70 pour figurer dans les films de Bollywood (ce que je ne savais pas), qu’un indien m’accoste : « You want to be in Bollywood film? We need foreigner for wedding scene tomorrow. »
Le casting ? Aucune audition. Il a regardé ma tête, m’a pris en photo avec son vieux Samsung, et m’a dit de venir à 6h le lendemain. Et voilà. Sans contrat, sans papier, sans explication. J’étais “pris”.
Une journée sur un tournage bollywoodien

Le lendemain, réveil avant l’aube. Je prends un train de banlieue bondé direction Andheri. Là, on est une petite dizaine d’étrangers à attendre : Allemands, Brésiliens, un couple d’Australiens, et moi. Un minibus finit par arriver et nous emmène en périphérie, dans une zone industrielle poussiéreuse, vers ce que j’apprendrai plus tard être Film City – un immense complexe de studios au nord de Mumbai.


On nous donne des costumes (une sorte de costume d’étudiant londonien pour moi), un peu à l’arrache, sans souci de taille. Pas de maquillage, pas de briefing. On m’oblige juste à me raser entièrement la barbe, ce que je n’avais pas fait depuis des années… J’ai tenté de négocier avant de comprendre que je n’avais pas le choix si je voulais figurer…
On attend longtemps. Parfois des heures. Puis on tourne une courte séquence. Puis on attend de nouveau. C’est le quotidien d’un figurant : présent, mais invisible. Pourtant, il se passe quelque chose. On observe les techniciens, les assistants, les comédiens célèbres (Salman Khan était présent sur le tournage ce jour là). Tout le monde court, s’affaire, parle fort. On est au cœur d’une mécanique bien huilée. Ce jour là, les équipes du tournage du film Veer tournaient une scène de danse typiquement bollywoodienne. Spectacle garanti ! On ne m’a heureusement pas demandé de danser, simplement de taper dans mes mains.

Le déjeuner est servi vers 13h. Riz, lentilles, légumes. Simple mais bon. Il y a un coin pour “les étrangers”, séparé du reste. On comprend vite qu’on est là pour ajouter une touche d’“international” à certaines scènes : fêtes, mariages, clubs, conférences. Peu importe qu’on ne sache pas jouer, tant qu’on sourit et qu’on fait ce qu’on nous dit.
Vers 18h, c’est terminé. On nous distribue 700 roupies en liquide (environ 8 euros), sans reçu. Puis retour à Andheri. Certains enchaînent plusieurs jours. Moi, je suis rentré à Bandra, ravi.
Conseils pratiques pour tenter l’aventure
Si l’idée vous tente, voici quelques conseils tirés de mon expérience :
- Où chercher : Les quartiers de Colaba, Bandra ou Fort sont les plus propices aux “repéreurs”. Les cafés comme le Leopold ou le Café Mondegar sont des points de rendez-vous connus.
- Comment ça marche : Pas de contrat, pas de papiers. On vous appelle ou vous donne un rendez-vous à l’aube. Tout se fait de manière informelle.
- Combien ça paie : Entre 500 et 1 000 roupies la journée. C’est peu, mais ça couvre les repas et l’expérience.
- Quoi emporter : Eau, snacks, crème solaire, batterie externe. Préparez-vous à attendre, souvent en plein soleil.
- À quoi s’attendre : Peu d’explications, pas de traitement VIP. Vous êtes un accessoire vivant. Mais une fois sur le plateau, on se laisse prendre au jeu.

Je garderai un souvenir vivace de cette journée. C’est une autre facette de Mumbai, loin des temples et des marchés. Un monde parallèle où tout semble à la fois désorganisé et incroyablement efficace.
Alors si vous passez par Bombay, que vous avez une journée de libre et une envie d’aventure un peu absurde, laissez-vous tenter. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut dire : “J’ai dansé à Bollywood.”
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